La plus jolie des histoires d’amour
Barcelone est une ville de six cent mille deux cent âmes, et elle n’a qu’un seul urinoir. La probabilité que je rencontre l’amour au pied de celui-ci était infime. En toute logique, j’ai longtemps vu en cet urinoir un signe du destin. J’aurai pu devenir fétichiste si je n’avais pas eu un odorat si fin. Même le hameau de Pegueroles du haut de ses seize âmes se targue de deux urinoirs. Ceci dit, quand bien même j’aurais été un homme, qui plus est doté d’une toute petite vessie, je préfèrerais encore vivre à Barcelone.
J’y vis depuis cinq ans. C’est mon énième premier boulot. Je suis sous payée, en colocation, mais à Barcelone. De bar en bar, Barri Gotic et les places de Gràcia ont fini par perdre leurs secrets et leur charme. La Sagrada Familia se cache toujours sous sa bâche, et moi je cherche un sens à mon exil. On est jeudi soir et je glane quelques smileys de la part de copains retournés à Paris en leur envoyant d’anciennes photos de nos folles soirées. Allongée sur mon lit, en chaussettes.
Si les sandales sont synonymes d’insouciance, les tongs de farniente, les claquettes de mauvais goût, les chaussettes au lit, elles, annoncent, au choix, le début de l’ennui dans le couple ou une grosse déprime. Mon mariage vient d’être annulé, je souscris aux deux dernières options.
Je vais vous raconter mon histoire, celle d’avant les chaussettes. La plus jolie des histoires d’amour. La plus jolie jusqu’à hier, lorsque, au pied de l’autel de la chapelle de Pegueroles, Marc a dit “Non”.