Tout le bonheur du monde
Son téléphone vibre depuis ce matin, ceux qui n’ont pas pu venir lui souhaitent tout le bonheur du monde. Elle a un haut le coeur à chaque message. Ses soeurs, ses amies, sa mère, toutes lui assènent que son stress n’a rien d’anormal. Elle voudrait être seule s’il vous plait. Elle a besoin de deux minutes.
Une demie-heure plus tard, installée à l’arrière de la voiture elle guette les signes qui la feraient changer d’avis. Elle ne voit que des panneaux stop, des feux rouges, et, au kiosque à journaux, la couverture d’un magazine féminin “Ecoutez votre intuition”. Un de ses magazines qu’elle a collectionnés pour trouver les décorations chics et bohèmes dont elle rêvait, y apprendre la subtile différence entre ivoire et blanc cassé, l’art d’une coiffure faussement négligée, ou encore comment réussir un maquillage naturel pour donner l’illusion d’un teint parfait.
L’illusion donc.
Sa robe hypocritement blanche la serre trop. Elle réalise qu’elle n’arrivera pas à l’enlever toute seule. Les robes de mariées ne sont pas conçues pour des soirées en célibataire. Elle n’a pas réfléchit jusque là. Elle ne peut pas, concentrée uniquement sur chaque respiration. Inspirer, expirer, voilà quelque chose à sa portée. La voiture s’arrête devant l’église. Elle en sort, aperçoit son reflet et se surprend à se trouver belle. Elle s’avance dans l’allée, seul le bras de son père la retient de s’effondrer. Eucalyptus et pivoines bordent les bancs. Les regards sont tournés vers elle. Sous les chapeaux, des lèvres fardées de rouge qui ne souriront plus dans un instant.
Près de l’autel, il l’attend. Elle s’apprête à lui dire non.