Karukéra
Deux îles comme deux ailes.
Au cœur, la mangrove,
ses rhizomes indécis,
dans l’eau, dans l’air.
Lignes de vie,
enfouies au fond de l’océan,
s’amarrent à d’anciens horizons.
Sénégal, Normandie, Pondichéry.
Il en faut, des fils, pour tisser ton âme.
Mille teintes.
Du gaïac noir au gommier blanc,
du roucou au corossol.
Mille comme les bois de tes arbres.
Mille comme les sables de tes plages.
Mille pour chacun de tes enfants.
Le tissu de ma peau est clair,
mais je sais que les mille y sont entremêlés
- de gré, de force, de douleur, d’amour.
Comme tes racines, qui,
sur ton cœur volcanique,
affleurent sous nos pas.
Je vais nu-pieds pour les entendre.
Je regarde ma grand-mère.
Au sommet de ses pommettes,
un regard caraïbe.
Et la voix des aînés qui t’appelaient
Karukéra.